Que veut dire bière IPA ?

Que veut dire bière IPA ?

Si vous vous intéressez un peu aux bières qui sortent de l’ordinaire, vous avez surement aperçu cette abréviation : IPA. Elle est omniprésente dans le milieu des brasseries artisanales, surtout aux États-Unis, elle a permis à la discipline de retrouver une seconde jeunesse. Derrière ces trois lettres, il y a une histoire, ainsi qu’un présent, que je vais vous raconter.

L’IPA c’est quoi ?

Que veut dire IPA ? Style de bière à fermentation haute, l’IPA est une bière anglaise qui a la particularité d’être très houblonnée, lui donnant un goût amer. Sa signification est étroitement liée à son histoire : India Pale Ale. L’histoire est assez trouble, des versions divergent, se contredisent, mais un spécialiste de la bière, le zythologue Martyn Cornell, a pu rassembler des informations de cette époque afin de « débunker » des mythes, et rendre à César, ce qui appartient à la salade.

On attribue la paternité de cette bière à George Hodgson, officiant dans la brasserie Bow, à l’est de Londres. On dit qu’il aurait « inventé une bière, avec un haut degré d’alcool, et bien plus houblonnée que les autres ». Sachant qu’elle était aussi alcoolisée que la Porter, la bière anglaise de référence à cette époque, on a du mal à croire à cette version.

Un mythe récurrent est que l’IPA a été inventée pour que son transport puisse se faire sans problème pendant les 4 mois de trajet entre l’Angleterre et les Indes. En fouillant le journal de bord de Joseph Banks, le 25 Août 1769, alors qu’il navigue avec le Endeavour, voilà ce qu’il raconte (c’est traduit, hein) :

C’était ce jour, 12 mois après avoir quitté l’Angleterre, en conséquence qu’un morceau de fromage de Cheschire récupéré depuis un casier où il a été conservé pour cette occasion, ainsi qu’un tonneau de Porter qui s’est avéré excellemment bon, que nous avons vécu comme des hommes Anglais, et bu à la santé de nos amis en Angleterre.

12 mois de voyage, si le mythe était vrai, il aurait marqué dans son journal qu’il s’est enfilé un tonneau de pisse d’âne. De ce fait, pourquoi inventer une bière pour qu’elle supporte le trajet, si une simple Porter peut endurer autant de temps de transport, et dans les conditions de changement de température que cela engendre ?

On peut penser que la réputation de Hodgson l’a suivi, ainsi que son sens des affaires, et qu’on lui a attribué la paternité de l’IPA. Pas vraiment. On savait déjà en 1760 qu’il n’était pas nécessaire d’houblonner autant la bière pour les envoyer dans les pays chauds, alors que les bières de ce cher Hodgson n’ont été envoyées aux Indes qu’en… 1793 ! Et il n’y a à ce jour aucune preuve pour démontrer que les bières exportées étaient différentes de celles qu’il vendait en Angleterre.

Il faut remonter à 1817 pour trouver une trace de l’IPA, où une brasserie londonienne du nom de WA Brown, a préparé une « pale ale pour les climats de l’Est et le l’Ouest de l’Inde », mais pas de trace de recette. La première mention officielle de l’IPA remonte à 1829, dans la Sydney Gazette, en tant que East India Pale Ale. On peut également trouver une trace de l’IPA dans le Liverpool Mercury du 30 Janvier 1835.

Jack McAuliffeComme vous pouvez le comprendre, c’est un joyeux bazar, on ne sait pas vraiment qui l’a vraiment inventée. Peu importe, elle continue son bonhomme de chemin en Angleterre, jusqu’à devenir une bière commune. La bière IPA connait une renaissance aux États-Unis, les consommateurs étaient lassés de boire des bières sans saveur, taillées pour le marché de masse. C’est également grâce à Jimmy Carter et sa volonté de déréguler le marché de la bière en 1979, en autorisant la vente de houblon, malt et levures aux brasseurs maison. Encouragés également par des aides, le mouvement des micro-brasseries (Craft beers) naît, avec la création de la New Albion Brewing Company, en Californie, par Jack McAuliffe (photo). Malgré sa courte existence (à peine 6 ans), elle a dirigé le regain d’intérêt pour les bières artisanales, dont la IPA va devenir un symbole.

Il existait 89 brasseries en 1979 aux États-Unis. En 2013, elles étaient… 2360. Et la bière la plus brassée est l’IPA. Les États-Unis comportent des territoires avec un climat excellent pour la culture de houblon de qualité supérieure. L’amertume est presque devenue un sport, beaucoup de bouteilles indiquent le score de la bière en IBU, pour International Bitterness Units. Pour rentrer plus en détail sur la famille IPA, il existe des sous-variétés.

Les différentes IPA

Le Royaume-Uni et les États-Unis sont là où l’on trouve le plus souvent des variétés d’IPA très différentes. Il est important de noter qu’il y a une différence entre le pays de production, ainsi que la variété. On trouve par exemple des English India Pale Ale brassées aux USA. Qu’est-ce qui les différencie ? Le goût ! Les American IPA ont une couleur très variée, ainsi qu’un goût plus houblonné.

Pays d’origine des IPA, nos voisins anglais ont quelques bières très connues : la Brewdog Punk IPA, la Goose IPA, la Samuel Smith’s India Ale, ou encore la Oakham Green Devil IPA.

Houblon CascadeAu pays de l’oncle Sam, l’IPA bénéficie d’un véritable « culte » chez les amateurs de bière. Les brasseurs aiment repousser les limites pour avoir la couronne de la bière la plus amère, la créativité joue un très grand rôle dans le milieu de la brasserie artisanale. Les consommateurs ne sont pas en reste : plus c’est houblonné, mieux c’est. Il se font appeler les « Hops Heads » (Hop = houblon). Il existe de nombreuses variétés de houblon de l’autre côté de l’Atlantique, une variété des plus prisées est la Cascade.

Et de plus… ils n’en n’ont jamais assez. Avez-vous déjà voyagé aux USA ? Vous avez remarqué leur envie de toujours en avoir plus ? La taille des burgers, la taille des voitures, la taille des gobelets au KFC ? Prenez le caractère de l’American IPA, rendez-là encore plus américaine : voilà la American Double IPA. Le taux d’alcool passe vers les 7° à 14° (alors qu’il varie tranquillement entre 5° et 6° pour une IPA normale), ainsi qu’un goût houblonné des plus prononcés. Un bon exemple est la Rogue Imperial India Pale Ale.

Dans le nom de la bière que j’ai cité au-dessus, vous avez surement remarqué le mot Imperial. Pour ce style de bière, on parle également de Imperial IPA, en référence aux Imperial Stout, une variété de bière anglaise brassée pour la cour impériale russe, fin des années 1700.

Des IPA aux noms douteux

On peut également parler des Belgian IPA, utilisant du houblon américain et des levures belges, la Black IPA, avec des malts rôtis, la Red IPA, India Pale Lager, ou encore la White IPA. Il y a débat sur la cohérence de certaines variétés d’IPA tellement le nom ne veut strictement rien dire. Mais c’est une autre histoire.

Le tour d’horizon (non exhaustif) du monde de l’IPA s’arrête ici pour le moment ! Si vous avez des questions, des commentaires, n’hésitez pas à m’en faire part. Ah et aussi, dans quel verre, l’IPA ? La pinte, pour ma part.

Crédit photo houblon : Michael Styne

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