La bière la plus forte du monde

La bière la plus forte du monde

C’est un sujet qui revient fréquemment, quand une bière extra-forte décide de montrer le bout de son nez, pour pouvoir surpasser encore celle d’avant. Quelle est la bière la plus forte du monde ? Au moment où j’écris cet article, la lauréate comporte un taux d’alcool de 70°. Mais est-elle vraiment une bière à proprement parler ? Voyons tout ça.

Concoctée par ‘T Koelschip, des brasseurs néerlandais de la ville de Almere aux Pays-Bas, la Mystery of Beer possède un taux d’alcool de 70%, ce qui est complètement démentiel (En plus de son prix, 45€ pour une bouteille de 33cl). Elle résulte d’une sorte de gué-guerre entre BrewDog, Schorschbock, ‘t Koelschip et Brewmeister. Chacun voulait surenchérir sur l’autre en créant la bière la plus forte sur le marché, quitte à faire également du mauvais goût en terme de packaging.

Pour réaliser un tel exploit, les brasseurs utilisent la méthode Eisbock. Le moût de la bière est congelé pendant la maturation, la glace est ensuite retirée. Le liquide restant est bien plus concentré en alcool que la normale, ce qui donne ces taux très élevés. Les brasseurs conseillent très souvent de prendre des petits verres et de déguster la bière comme un alcool fort. Vous comprendrez facilement que prendre une gorgée à 70°, ça décape. Mais les apparences sont trompeuses…

La course à la bière la plus forte du monde

Les prétendants ont été très nombreux pour obtenir le titre de la bière la plus forte du monde. En Décembre 2008, la brasserie Schorschbock (Allemagne) commerciale la Schorschbock 31, étiquetée comme la bière la plus forte du monde, à 31°. C’est une petite révolution dans le milieu des micro-brasseries ainsi qu’une sorte d’appel aux autres à faire mieux. En Novembre 2009, BrewDog leur répond en sortant la Tactical Nuclear Penguin. La réponse n’est que d’un degré, elle ne titre qu’à 32°… mais Schorschbock bouleverse le classement en décembre de la même année, avec la Schschbock 40. Même étiquette, mais un taux de 40°. La guerre est lancée.

BrewDog ne se laisse pas faire et va jusqu’à appeler sa prochaine bière Sink The Bismarck (Couler le Bismark dans la langue d’Angela Merkel) en Avril 2010, pour faire comprendre à ses confrères allemands que la guerre ne fait que commencer. Schorschbock surenchérit avec la Schorschbock 43 en Mai 2010.

Bière ObilixMais elle ne se doute pas que quelqu’un viendra chier sur la pelouse des deux compères : ‘t Koelschip. Cette petite brasserie, située dans l’autre pays du fromage, a envie de jouer elle aussi. Une première bière sera brassée pour rajouter son grain de sel dans la gué-guéguerre anglo-germanique : la Obilix. Elle pourrait obtenir le prix de l’étiquette de bière la plus hideuse, surement réalisée sous Paint, mais ce n’est pas le sujet, car elle tape à 45%. De l’aveu du brasseur sur leur site, ils déclarent qu’ils savaient qu’ils n’allaient pas aimer leur propre bière, mais qu’ils se sont bien marrés. La Obilix leur a également fait pas mal de pub.

La course continue

The End of HistoryLe mauvais goût vient s’immiscer dans la compétition… BrewDog commercialise la The End of History, avec un packaging en forme d’écureuil empaillé. On passe à 55%, on est en Juillet 2010. Entre temps, la brasserie allemande prépare sa Schorschbock 57 (qui sortira en Octobre 2011).  La brasserie néerlandaise sort la Start the Future en Septembre 2010, qui titre à 60°.

Plus on est fous, plus on rit : la brasserie Brewmeister (Écosse) vient faire coucou en sortant la Armageddon, cette fois-ci avec un taux de 65°. Les clients, soi-disants peu contents du taux d’alcool de cette bière (hum…), Brewmeister repoussent les limites en sortant une bière qui fera les gros titres : la Snake Venom, avec 67.5°.

Sortie en 2013, elle a complètement éclipsé la Mystery of Beer. En partie grâce à la campagne marketing assez pompeuse de Brewmeister qui a mis les bouchées doubles pour faire connaitre sa bière. Le problème, c’est qu’il y a eu des controverses, voir même des scandales au sujet de ces bières. Pour atteindre un taux aussi record, il a fallu passer par des techniques un peu particulières.

Bière ou pas bière ?

Le sujet a été soulevé beaucoup de fois quand ces bières sont sorties, encore plus quand des tests ont été réalisés sur ces dernières. Ceux qui en ont fait les frais, c’est Brewmeister, après s’être fait épingler avec le taux d’alcool réel de leur bière Snake Venom. Des tests ont été réalisés sur les brassins, la vérité éclate : le taux d’alcool réel ne dépasse pas les 25 degrés.

Encore pire, après d’autres tests, la conclusion s’impose : Brewmeister a incorporé de l’alcool pur dans sa bière pour faire grimper le taux. Le taux de sucres résiduels présents dans la bière était très bas, ce qui démontre que la bière n’a pas été réalisée de manière classique. La bière la plus forte ne serait qu’une vaste tromperie…

On touche à un élément très sensible : si on rajoute de l’alcool dans la mixture, ce n’est PAS de la bière. La bière, c’est obtenu par fermentation d’un moût avec des levures. Si on trafique le tout, on s’éloigne totalement du principe de la bière. Le Reinheitsgebot ainsi que d’autres textes de lois sont très stricts à ce niveau. Pour comprendre comment la bière est faite, après vous, c’est par ici.

Des brasseries ont créé des bières de manière classique (par classique je parle de fermentation sans Eisbock), par exemple la Samuel Adams Utopias. Ils ont eu recours à de la levure spéciale qui résiste au taux d’alcool. Elle ne titre qu’à 29°, mais elle est reconnue comme une excellente bière qui mérite ses lettres de noblesse, avec un score de 4.06/5 sur Ratebeer.

L’histoire s’est terminée autrement pour Brewmeister : rachetés en 2015, elle a depuis été renommée Keith Brewing Ltd. pour produire des bières plus traditionnelles (au packaging de bière très soigné), et les deux brasseurs originaux ont gentiment été poussés vers la sortie. La gamme de bières trafiquées sont toujours vendues dans une gamme à l’export.

Des bières fortes qui valent le détour ?

Si découvrir des bières fortes ne vous fait pas peur, le monde de la bière regorge d’exemple qui vous attendent afin de vous faire grimper sur le toit. C’est un exercice périlleux pour les brasseurs : à vouloir trop forcer sur le taux d’alcool, les arômes disparaissent. Rares sont les bières qui arrivent à rester savoureuses sans tomber dans le rhum premier prix Netto.

La Struise Black Damnation V fait partie des heureuses élues. Un taux d’alcool de 26% mais une explosion de saveurs torréfiées à la dégustation. En dessous, il est très facile de trouver des bières fortes qui sont excellentes, qui ne dépassent pas les 14%.

Qu’en pensez-vous ? Est-ce que ces bières méritent le titre de « bière » ? Faites-moi part de votre avis dans les commentaires.

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